Je suis passé tout à l’heure à la FNAC pour ce qui constitue à mon sens l’un des grand plaisir de la vie : flâner au milieu de livres et picorer ça et là quelques pages au hasard. Je suis tombé sur un article de Yunus, le créateur de la Grameen Bank, intitulé « Un travail s’il te plaît ». Cet article figure dans un numéro de la revue Ravages consacré à l’infantilisation des adultes (vaste sujet sur lequel je peux être intarissable).

Yunus fait quelques remarques de bon sens (le bon sens est la chose la mieux partagée au monde disait ironiquement Descartes) qui font tout simplement du bien. Une petite comparaison entre les zones pauvres du Bangladesh et des Etats-Unis lui donne matière à réflexion. Lorsque les Occidentaux attendent un emploi d’un Etat maman omnipotent ou d’un sévère papa entreprise, les Bangladais se lancent dans des entreprises individuelles et proposent directement biens ou  services utiles à la communauté proche. Ils se battent et tentent de trouver tout seuls les moyens de faire vivre leur famille. De notre côté, nous attendons qu’un tiers nous emploie au lieu de nous prendre en mains. Remarque simple en effet mais qui donc la fait en Occident ? Personne ou presque.

L’infantilisation de la société occidentale est patente et se ressent en particulier par le culte, parfois répugnant d’ailleurs, de l’enfant. L’enfant est Roi, il est sacré, sa parole est d’or et il ne faut nullement troubler sa félicité. Voir des parents soumis aux caprices de leurs gamins, transformés en serviteurs zélés du petit Kevin est un spectacle affligeant. J’en ai encore eu un exemple hier dans le train. Mais finalement, l’infantilisation de la société est plus générale et se retrouve en particulier dans les rapports économiques. Bizarrement, ce fait simple m’avait échappé. Finalement, le salariat n’est que la reproduction du rapport parent/enfant et il n’est donc pas étonnant de voir que l’essor de ce mode de fonctionnement économique après guerre débouche sur l’infantilisation généralisée de la société.