On a parlé ces derniers jours du report de la diffusion d'un documentaire d'Arte sur les rapports homme/femme en banlieue. Une des personnes de l'équipe de tournage aurait reçue des menaces. Les quelques extraits du documentaires qui sont disponibles sont en effet hallucinants.

Le problème n'est pas forcément lié à la religion mais à une culture particulière qui semble s'être enracinée. Rue 89 a eu la bonne idée d'interviewer deux jeunes de Vitry sur ce documentaire et il ne voient pas le problème.
- La virginité quasi-imposée aux femmes avant le mariage ? Normal, car "c'est le pilier de la relation homme-femme en banlieue. Si une fille n'est pas vierge, c'est impossible qu'elle se marie, ou alors ce sera avec un cas soc de ouf".
- Les coups pour remettre les idées en place ? Normal, encore car "c'est culturel. C'est normal. Si ma sœur le fait [coucher avant le mariage, ndlr], c'est comme si j'étais homosexuel, le mec à qui ça arrive, il a plus de nom"
- S'habiller de manière un peu sexy ? Interdit aussi car "ça, c'est déjà trop. Faut cacher. Soit tu le fais, soit tu le fais pas. Un décolleté, montrer ses cuisses dans des leggings moulants, c'est déjà trop."
- La pression des grands frères sur leurs soeurs ? « Je trouve ça bien. C'est lui le garçon, c'est à lui de faire attention. Mes petits frères, qui ont 14 ans et moi 16, peuvent me dire de ne pas m'habiller comme ci ou comme ça, par exemple. C'est normal. »

Tout est à l'avenant et posent tout de même de sacrés questions.

Cette vision de la femme fait peur, ce conservatisme total et hypocrite (car à sens unique) nous renvoie cinquante ans en arrière. On est en présence de zones très peuplées, situées à 10 km de Paris, et qui ont une vision de la société digne de l'époque de nos arrières-grands-parents. On raille les culs bénis américains qui votent Bush mais le reportage de Arte et l'interview de ces jeunes montrent que l'ordre moral dans nos banlieues est exactement le même.

Tout cela montre encore une fois l'émergence d'une société à deux vitesses. D'un côté une frange de plus en plus minoritaire, riche, mondialisée et hédoniste qui repousse toujours plus loin les limites morales. De l'autre, des déclassés qui se réfugient dans des valeurs de plus en plus conservatrices. Ne pourrait-on pas converger vers un juste milieu ?