samedi 17 octobre
La mort est mon métier de Robert Merle
J'ai lu pendant mes vacances un livre glaçant de Robert Merle, intitulé la mort est mon métier. Ce livre retrace de manière romancée le parcours de l'ancien responsable du camp d'Auschwitz, de la 1ère guerre mondiale jusqu'à la mort devenue industrie dans les camps. Ce livre est bouleversant (même si l'on sent parfois un peu trop les ficelles utilisées parl'auteur) car il montre la déshumanisation totale d'un homme qui se transforme en bourreau implacable et efficace.
Un livre fort, une incroyable leçon d'histoire qui vous tient en haleine tout le long de l'intrigue.
dimanche 20 septembre
J'ai tue de Mikhail Boulgakov
Je viens de terminer un recueil de nouvelles de Mikhail Boulgakov intitulé "j'ai tué". Je ne connaissais absolument pas cet auteur, choisi au hasard a la bibliothèque. J'aime procéder de la sorte car ceci permet de se faire surprendre. La je l'ai été agréablement. Toutes ces nouvelles brossent le portrait d'un monde ancien qui disparait après la Révolution bolchevique.
Les récits mettent en scène un noble immigré de retour en son palais, des soldats entrainés dans l'horreur de la guerre civile ou des médecins devant soigner malgré des conditions précaires. A chaque fois le style est vif, les descriptions acérées, le récit bien mené. Un auteur a découvrir !
lundi 24 août
La Mort à Venise et autres nouvelles de Thomas Mann
Dans le train me ramenant d'Amsterdam, j'ai lu un recueil de nouvelles de Thomas Mann rassemblant trois de ses œuvres : La Mort à Venise, Tristan et le Chemin du cimetière. La Mort à Venise relate la passion dévorante d'un écrivain reconnu pour un jeune adolescent dans le cadre délétère de Venise. Tristan offre la description d'une femme malade dans un sanatorium. Le chemin du cimetière, plus anecdotique, raconte en quelques pages la fin d'un homme au bout du rouleau.
Disons les choses, ce recueil a été une déception. Le style est brillant mais souvent ampoulé, l'auteur semble s'émerveiller de sa virtuosité stylistique ou de sa connaissance des Arts sans trop se soucier des lecteurs. Les intrigues sont correctement menées mais manquent à mon sens de profondeur psychologique et de péripéties. Les histoires ont tendance à s'essouffler en cours de route.
On peut lire ces nouvelles pour l'aspect "culture littéraire" mais au-delà de ça je trouve ces récits datés et finalement passablement ennuyeux.
jeudi 30 juillet
Pourquoi j'aime Houellebecq
Houellebecq est un auteur important. Voilà c'est dit. Ce n'est pourtant pas un auteur facile à défendre et qui se fait descendre régulièrement par la horde bien-pensante de Libération aux Inrocks.
Michel (oui je l'appelle par son petit prénom) fait partie des rares auteurs dont j'ai lu tous les bouquins (avec Hergé mais là ça ne compte pas). Il n'a pourtant pas grand chose pour lui : c'est un piètre story teller et son style (ou son non style) est difficilement défendable même si les progrès sont très nets depuis "Extension du domaine de la lutte".
Pas de forme, pas de structure que reste t-il alors ? Pas grand chose, si ce n'est une capacité assez exceptionnelle à débusquer les faux semblants. Michel est un vrai, un grand romancier car il transfigure le réel pour le rendre plus vrai que nature. Son sens de l'observation et du détail lui permet de toucher là où ça fait très mal : jeunisme, culte du corps, hyper-sexualisation de la société, médiocrité généralisée tout y passe. Et puis, avouons le, je trouve Michel très drôle avec son humour à froid et son côté Droopy post-moderne.
Alors oui, j'aime Houellebecq car c'est l'un des rares capable de montrer les dessous peu ragoutants de notre époque et d'oser faire un peu de provocation.
mercredi 29 juillet
Céline, une petite musique
J'ai beaucoup aimé ce post de la girl next door sur Dostoïevski. Elle nous cite ce cher Feodor qui nous disait que les hommes se complaisent dans la souffrance. Pas faux, l'homme aime plaindre, se faire plaindre, être plein... Mais là n'est pas mon propos. Je profite d'une accalmie dans ma vie vibrionnante pour faire me pause Céline (pas Dion), le seul, le vrai, l'inimitable Louis-Ferdinand qui adorait se plaindre (150 pages de plainte avant de vraiment commencer D'un chateau l'autre).
Je vois déjà les bonnes âmes se boucher le nez en criant au collabo, à l'antisémite et tout le reste. Pas besoin de nier, il était tout ça et même pire encore : mysanthrope ultime, pessimiste viscéral, adorateur de l'Apocalypse, pourfendeur du genre humain. Et pourtant, malgré tout, quel génie, quelle musique ! Sa prose sous couvert de retranscription du langage parlé est en réalité le comble de la sophistication et de l'artifice, une dentelle finement ciselée pour faire exploser la phrase et chanter la langue. On est porté par ses paragraphes qui sont autant de colères qui retombent ensuite, peu à peu, avant la prochaine tempête. Que Céline soit fasciné par l'Océan n'est pas étonnant, lui qui faisait aller et venir ses phrases comme le mouvement des vagues.
Céline, pour reprendre ses termes, délire mais ne déconne pas. Il va loin, très loin, il pousse les situations à leur paroxysme mais refuse de verser dans l'invraisemblable. C'est un romancier, un vrai, pas une Christine Angot. Il ne va pas décrire la Vie dans sa banalité, il va donner Vie à la banalité, la transfigurer et reconstruire une réalité plus vraie que nature. Relisez les descriptions de la banlieue dans le Voyage ou celles de l'Allemagne en flammes dans Rigodon.
Alors laissons nous porter là, comme ça, par quelques phrases, juste pour le plaisir :
Les crépuscules dans cet enfer africain se révélaient fameux. On n'y
coupait pas. Tragiques chaque fois comme d'énormes assassinats du
soleil. Une immense chique. Seulement c'était beaucoup d'admiration
pour un seul homme. Le ciel pendant une heure paradait tout giclé d'un
bout à l'autre d'écarlate en délire, et puis le vert éclatait au milieu
des arbres et montait du sol en traînées tremblantes jusqu'aux
premières étoiles. Après ça, le gris reprenait tout l'horizon et puis
le rouge encore, mais alors fatigué le rouge et pas pour longtemps. Ça
se terminait ainsi. Toutes les couleurs retombaient en lambeaux,
avachies sur la forêt comme des oripeaux après la centième. Chaque jour
sur les six heures exactement que ça se passait.
Voyage au bout de la nuit
mardi 07 juillet
Nadja de André Breton
Voici un livre assez étonnant, mythique car œuvre du Pape du surréalisme, André Breton. Ce livre est la description clinique de la rencontre de Breton avec une jeune femme, libre et insensée, Nadja. On est parfois pris par les fulgurances de cette jeune femme, sa "clairvoyance", son extrême force et son incroyable fragilité.
Mais vite, très vite, on peine sur ce livre. Que de lourdeurs de style, que de circonvolutions inutiles ! Certains passages sont quasiment illisibles à force d'absence de style. Peut-être était-ce le but mais tout cela m'a donné l'impression d'être daté.
Un curiosité, à découvrir plus à titre "documentaire" qu'à titre littéraire.
dimanche 05 juillet
Histoire et utopie de Cioran
Je viens de terminer Histoire et utopie de Cioran, misanthrope sublime, pessimiste flamboyant, briseur d'illusions halluciné. J'ai adoré la lecture de ces textes courts, denses, savants qui démontent nos illusions, dissèquent nos faiblesses sans concession ni repos.
Que j'ai aimé sa défense de l'envie, de la vengeance, de nos vices en un mot comme gages de notre humanité, de notre capacité à agir et à faire le monde. On est loin de la démocratie des bons sentiments, de la politique des droits de l'homme. Il dit les choses sans fard : les tyrans existent parce que nous les appelons, la démocratie existe parce que le personnel politique est trop mauvais pour se muer en César. Et puis, sa défense de l'utopie est tout simplement merveilleuse. Non pas qu'il l'aime l'utopie comme volonté de créer un fumeux âge d'or dans l'avenir (ah la foi dans le progrès !). Mais même si cette idée est stupide, elle est nécessaire car elle soulève les masses, nous fait avancer, nous permet de faire l'histoire. Notre Occident où toutes les utopies sont mortes est peut-être déjà sorti de l'Histoire.
Textes merveilleux donc, ciselés à la perfection qui montrent que notre part d'ombre est souvent la plus féconde.
vendredi 03 juillet
Vite dit...
"Les libertés ne prospèrent que dans un corps social malade : tolérance et impuissance sont synonymes" Cioran
mercredi 01 juillet
C'est le début des horaires d'été
Joie des vacances et des horaires de vacances. Quel plaisir de trouver porte close devant ma médiathèque préférée. Ouverture l'apres-midi seulement en juillet et en août, c'est le tarif. Ils doivent penser que la population dans son ensemble fait la grasse matinée durant 2 mois... Bien sûr, personne n'est prévenu, par mail par exemple. On va me dire que ça trainait dans un coin du mensuel édité par la mairie que personne ne lit (en couleurs, plus de 20 pages à vue de nez, sympa à l'heure de l'écologie-urgence-absolue).
Vive les vacances donc ;-)
La boîte noire et autres nouvelles de Benacquista
Je viens de finir un recueil de nouvelles de Tonino
Benacquista intitule "la boîte noire et autres nouvelles". Ces nouvelles
tantôt réalistes, tantôt aux limites du fantastique sont franchement
agréables a lire. Le style est nerveux et précis, les histoires sont fluides,
imparables et permettent de se poser quelques questions sur nos lâchetés, nos
illusions, nos regrets. Au niveau du style, ca m'a parfois fait penser a du J-P
Manchette.
Mention spéciale à 3 nouvelles :
- "la boîte noire" plongée fascinante dans les méandres de
l'inconscient, le tout traite sur le mode du roman policier.
- "la volière" recherche pleine d'un charme suranné de l'endroit ou
un vieil oncle fantasque souhaite être enterré
- "le transfert" ou comment une femme rend malade son mari à force de
lui faire faire une psychanalyse. Avec une chute réjouissante ;-)















