Velib, mon Amour
Depuis quelques semaines, Paris velocipède. Depuis quelques semaines, le Parisien a conquis de nouveaux territoires face à la bagnole toute puissante. Velib est là et tout de suite la face de Paris s'en trouve changée. Les bornes ont fleuri comme mille fleurs après l'averse, mises en valeurs par une joyeuse troupe d'agents d'ambiance chargés d'en expliquer le fonctionnement. C'est beau, trop beau pour être vrai. J'ai beau eu chercher, je n'ai jamais trouvé la moindre micro critique envers cette grande avancée de la civilisation.
Arrêtons de faire le rabat-joie donc, on nous l'ordonne de toutes façons. Et puis, ce n'est pas l'horrible Paris Plage quand même (avec les 2.2 Millions d'€ dépensés à cette occasion combien d'indigents auraient pu être relogés ?). Alors, analysons le phénomène.
A première vue, les vélos sont jolis et pratiques. La location est simple et surtout gratuite (le mot magique) pour la première demi-heure d'utilisation. Au delà, c'est très cher, mais une demi-heure c'est largement suffisant pour se rendre au marché bio le plus proche. Mais le plus fascinant, dans tout ça ce sont les utilisateurs de Velib. Touristes, étudiants en vacances, habitants des quartiers bobopulaires. Je n'ai jamais croisé quelqu'un ressemblant à un ouvrier, un employé, un cadre. Rien que des gens oisifs de manière permanente ou temporaire. C'est là où Velib montre qu'il n'est pas fait pour les "vrais" gens vivants dans le monde "réel". Velib ne fait que contribuer lui aussi à la transformation de Paris en un vaste musée, ou plutôt en un vaste parc d'attraction, propre et normalisé.
La vraie vie et les vrais gens se cachent, sont planqués (parqués ?) ailleurs comme on planque la poussière sous le tapis. L'autre soir, je suis rentré par le RER, station Pont de l'Alma. Le train sortait tout droit d'un polar des 70's. Les banquettes oranges en skaï étaient d'époque, la gare aussi. Ca sentait la sueur et bien d'autres choses là dedans. Il faisait moite là dedans. Seuls les tags et les rayures sur les vitres nous rappelaient notre temps.
Mais un RER, ça ne se voit pas. Alors que Velib si. Les apparences sont sauves. On peut dormir tranquille...