La dernière Université d'été du PS nous l'a rappelé, un appel de Baroin et Copé nous le confirme, la course à la présidentielle est lancée. Comme d'habitude donc, pendant 2 ans le débat politique sera pollué par la question. Plus rien d'autre ne comptera, aucune initiative, même de salut public, ne saurait être lancée.

Maintenant, la vraie question est de savoir quelle sera la stratégie du président sortant. Il risque fort de se représenter et le challenge sera relevé quand on voit le bilan de ses trois premières années au pouvoir et le concours de farces et attrapes auquel se livrent son gouvernement ou ses bruyants soutien. Sans parler de l'odeur fétide qui tourne autour de Eric Woerth ou des trop méconnues rétrocommissions vers le Pakistan. En un mot, c'est pas gagné.

Comment donc s'y prendre pour essayer de s'en sortir ? Car il y a un risque réel, faire un 21 avril à l'envers face à un FN revigoré et qui ne peut que cartonner aux prochaines élections. Il suffit de lire les commentaires sur les articles de journaux pour sentir une radicalisation très forte des idées, attisée par des années d'angélisme et de bons sentiments. On est en train de passer à l'autre extrême. Et je ne parle même pas des candidatures variées et colorées qui risquent de fleurir à droite entre le Nouveau Centre de Morin, les chasseurs, Villiers, Dupont-Aignan, Villepin ou Borloo, sans compter ceux qui siphonneront le centre gauche comme Bayrou ou DSK si il se décide à y aller.

Tout cela paraît mal embarqué mais une ligne politique a été arrêtée : à droite toute (dans les discours en tous cas) et des propositions limites et vaguement applicables (essayons de retirer la nationalité à une personne naturalisée, ça risque d'être comique). Sarkozy a pris acte de la perte du centre et revient à des fondamentaux droitiers, le but étant d'essayer de piquer les couches populaires au FN. Mais le risque est que les électeurs préfèrent l'original à la copie.

C'est insuffisant donc et je pense que l'arme de destruction massive utilisée sera le chantage aux parrainages. Il faut le parrainage de 500 élus pour pouvoir se présenter et n'oublions pas que depuis les années 70, la liste des soutiens à tel ou tel candidat est rendue publique. Mesure qui aurait fait enrager De Gaulle (il ne voulait même pas de parrainage à la base) mais qui à l'avantage de permettre aux partis en place de réguler les candidats. Je pense que Sarkozy ne s'en privera pas.

En 2012, oubliez les chasseurs, oubliez Villiers (il est malade en plus et aura d'autres chats à fouetter), oubliez Dupont-Aignan, zappez aussi Villepin. Je ne crois pas que ces candidats auront leurs parrainages, les pressions seront suffisantes pour qu'ils n'obtiennent pas leurs 500 soutiens. Je parie également que le Nouveau Centre sera dissuadé (autant par les sondages que par d'aimables pressions). En fonction des besoins, Borloo ira ou pas. Il a l'avantage de pouvoir jouer le rabatteur de voix mais il va coûter des points précieux au premier tour. Sarkozy seul à droite, ça devrait permettre de se hisser à 20% des voix. On peut même envisager l'option sans FN, histoire d'avoir les coudées franches et de faire un score important au premier tour.

Par contre, tout sera fait pour favoriser un maximum de candidatures à gauche histoire d'affaiblir au maximum le candidat socialiste: on va avoir notre demi-douzaine de candidatures gauchistes, les écolos (plusieurs), Bayrou qui mangera le centre gauche, une candidature radicale avec Tapie peut-être, le Front de Gauche et peut être d'autres surprises frétillantes. De quoi faire exploser la gauche et permettre (on peut rêver) un nouveau 21 avril.

Manoeuvres politiques, mais en 2012 Sarkozy ne pourra pas proposer de projet de société crédible lui permettant de gagner. Personne n'y croira. Reste donc la petite tambouille politique pour essayer de sauver sa peau.

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